Rénovation énergétique dans les logements anciens : comment bien s’y prendre

Il est urgent de rénover le parc immobilier français, dont la consommation d’énergie représente le premier poste national (44%). Nouveau DPE, MaPrimeRénov’, prêts à taux zéro, les mesures s’accumulent mais ne sont souvent adaptées qu’au bâti moderne, celui d’après 1948. Comment bien s’y prendre si votre (futur) logement est plus ancien ? Comment l’isoler sans compromettre son charme et ses qualités ? Quelques sources utiles et l’avis d’une ingénieure experte en thermique des bâtiments.

Lecture 16 minutes

Ça y est, les logements considérés comme « passoires énergétiques » arrivent dans le collimateur du gouvernement français : interdiction de mise en location dès janvier 2023 pour ceux présentant les pires DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), 2025 pour ceux classés G, 2028 pour ceux classés F, et 2034 pour ceux classés E ; mais aussi depuis l’été 2022, pour ceux classés F et G, interdiction d’augmenter les loyers et interdiction de vendre sans DPE à jour. Par ces tours de vis, le gouvernement entend pousser – et accompagner par des aides – les propriétaires à l’amélioration thermique du parc immobilier en France, résidentiel comme tertiaire.

Problème : les rénovations préconisées, pensées de manière uniforme et à l’échelle industrielle, sont souvent inadaptées au bâti ancien (d’avant 1948), qui représente pourtant 1/3 des logements français, soit presque 10 millions de logements. Pire, une rénovation mal choisie peut non seulement effacer la valeur patrimoniale et esthétique de ce bâti, mais aussi dégrader son confort d’habitation ! Des erreurs techniques d’isolation conduisent notamment à des soucis d’humidité, j’y reviens plus loin.

C’est pourquoi une lettre ouverte a été envoyée au gouvernement le 18 novembre 2022, signée par 7 associations d’utilité publique œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine bâti et par l’Association des Architectes du Patrimoine. Dans cette lettre qui ne mâche pas ses mots, les auteurs alertent contre une possible « extinction patrimoniale de masse » et un « nivellement industriel, consistant souvent à plastifier nos logements ». Oui, il faut rénover et isoler le bâti ancien, mais pas n’importe comment, et surtout pas comme un immeuble en béton !

Des fenêtres PVC blanches sur une vieille chaumière, une isolation par l’extérieur recouvrant une façade décorée ou sculptée, ou encore du placo cachant de beaux murs à la chaux, sont autant de gâchis patrimoniaux mais souvent aussi techniques, qu’il convient d’éviter. Parfois même, par paresse ou par méconnaissance, on détruit d’excellents logements anciens au lieu de mener une rénovation adaptée, comme c’est souvent les cas avec les belles maisons à colombage d’Alsace.

Une maison traditionnelle alsacienne détruite pour faire… un parking (source France 3 régions)

Oubliez, si vous l’avez, le cliché de la vieille bâtisse froide bonne à rien : on trouve ainsi, dans un rapport de 2007 intitulé « Connaissance des bâtiments anciens & économies d’énergie », un immeuble parisien de 1898 classé en C, une maison des bords de Loire de 1755 classée en C également, et même une bâtisse corrézienne du 15ème siècle classée en D. Plutôt bon, quand les immeubles en béton ou les pavillons en parpaings des Trente Glorieuses sont classés en F ou G ! De plus, le bâti ancien a souvent des qualités que n’ont pas les logements construits après 1948 : fraîcheur d’été, gestion intrinsèque de l’humidité, ventilation naturelle, intégration à l’environnement… sans parler de leur charme. Autant de caractéristiques à préserver impérativement.

Trois logements anciens du 19ème, 18ème et 15ème siècle avec un bon DPE : classés C ou D (source DGUHC)

C’est que l’époque de la deuxième Guerre Mondiale a représenté un tournant dans la construction de bâtiments, marqué par une forte perte des savoir-faire et une industrialisation massive avec notamment le recours au béton et aux fameux blocs « d’agglo », ou parpaings. L’urgence de reconstruction du pays pressant, on construisait vite et mal, avec des qualités thermiques généralement pires qu’avant-guerre. Aujourd’hui, nos bâtiments neufs dits écologiques redécouvrent bien souvent des manières de construire identifiées jadis par des siècles d’expérience : prise en compte de l’ensoleillement et des vents dominants, utilisation de matériaux naturels tels que chaux, chanvre ou paille, approvisionnement local, récupération d’eaux de pluie, etc.

Perte de savoir-faire et de qualité thermique du bâti d’après 1948. (source fiches ATHEBA / Cerema et MPF)

Il est donc dommageable, voire contre-productif, de rénover les maisons traditionnelles sans prendre en compte leur spécificités. Dans la lettre, ces experts du patrimoine bâti ancien rappellent ainsi ses qualités précieuses, et réclament un grand discernement dans l’application de la loi Climat & Résilience du 22 août 2021. Ils enjoignent de plus le gouvernement à profiter des riches expertises et savoir-faire détenus par ces associations, qui connaissent terrain et histoire.

La rénovation thermique, c’est si important ?

Oui, c’est même prioritaire.

Pour mettre en œuvre la transition énergétique, il faut s’attaquer à ce qui consomme le plus d’énergie à l’échelle nationale. Ce n’est ni l’industrie (3è), ni le transport (2è), mais le bâtiment. Selon l’ADEME et l’Observatoire de l’Energie, ce secteur est responsable en France d’environ 44% de la consommation d’énergie finale (et 25% des émissions de CO2). Ainsi, outre le soin porté aux constructions neuves, la rénovation thermique des bâtiments existants apparaît comme une nécessité pressante.

Cette problématique n’est pas nouvelle, ainsi dès 2004, Jean-Marc Jancovici (Shift Project, Carbone 4) et Olivier Sidler (Négawatt, Enertech, Dorémi), spécialistes des questions de bilan carbone et énergie du bâtiment, alertaient dans un article publié dans les Échos sur cet enjeu qu’ils qualifiaient alors de « méconnu » mais « considérable ».

Évidemment, un décideur politique fait plus rêver en promettant de construire des éoliennes marines ou des stations à hydrogène, qu’en parlant d’isoler des maisons. Pour cette raison sans doute, l’enjeu n’est saisi par le gouvernement qu’aujourd’hui vers 2022, donc très tardivement. Or, pour tous les défis énergétiques, il ne s’agit pas de rêve, mais de chiffres considérés globalement.

Donc, 44% = premier poste de consommation = notre priorité.

Le bâti ancien, pas touche ?

Si on comprend mieux combien il est dommage – et dommageable – d’envelopper une belle maison à colombage de polystyrène, au seul nom de l’efficacité énergétique, doit-on pour autant éviter de toucher aux vieilles demeures ?

Bien sûr que non : le bâti ancien dans son ensemble doit être intégré aux efforts de réduction de consommation d’énergie. Et les solutions pertinentes existent.

Adapter les fenêtres en bois existantes ou poser des doubles fenêtres, plutôt que poser des fenêtres en PVC blanc. Poser un insert performant, plutôt que condamner une cheminée ouverte. Raccorder de vieux radiateurs en fonte à une nouvelle chaudière, plutôt que les changer. Réenduire une façade à la chaux – respirante – et surtout pas au ciment – étanche. Isoler l’intérieur des murs extérieurs avec un enduit chaux-chanvre, respirant lui aussi, et non avec du polystyrène qui causera de la condensation dans les murs. Isoler un toit par l’extérieur en démontant sa couverture et la rehaussant (technique du sarking), plutôt que noyer une belle charpente en bois sous de la laine minérale et du placo.

Survitrage ou pose de double vitrage (gauche) et système de doubles fenêtres vues du dessus (centre), doubles fenêtres vues de l’extérieur (droite), permettent de mieux isoler les ouvertures anciennes en utilisant le même principe : créer une lame d’air isolante immobile. Source fiches ATHEBA / Cerema et MPF

Enfin, puisque la valeur patrimoniale d’un bâtiment passe souvent par son aspect extérieur, précisons qu’il est possible de conserver l’aspect d’une belle façade tout en l’isolant par l’extérieur, moyennant les efforts adéquats pour reproduire ses éléments décoratifs par-dessus la surcouche isolante. Prenons pour exemple la façade de cet immeuble du 14è arrondissement de Paris, isolée par l’extérieur d’une épaisseur de 8 cm d’un béton de chaux-chanvre : les effets de relief y ont été reproduits à l’identique.

© North by Northwest Architectes

Citons par exemple le beau travail de l’entreprise française Dorémi, spécialisée dans la rénovation énergétique performante et qui a constitué un réseau d’artisans et collectivités au fait de ces enjeux. Vous trouverez sur cette page de leur site d’autres exemples de rénovations thermiques de façade réussies, sur une maison arcachonnaise, sur un immeuble patrimonial de Montélimar, ou encore sur un bâtiment industriel de style Eiffel.

Un avis d’experte : « nous ne sommes pas assez ambitieux ! »

Léonie Harter, 35 ans, est ingénieure spécialisée en thermique et acoustique des bâtiments. Diplômée d’une grande école, elle travaille depuis plus de 8 ans dans l’entreprise allemande Möhler + Partner Ingenieure AG, à Munich. Je l’ai contactée afin de mieux saisir les enjeux actuels et faire un état des lieux de la rénovation énergétique.

 » TC : Salut Léonie, peux-tu nous dire quelques mots sur cette entreprise ainsi que sur le contexte allemand ?

LH : Salut Thomas. Dans ce cabinet, nos clients sont de gros constructeurs de bâtiments résidentiels. Par gros, j’entends des bâtiments de 120 à 200 logements. Nous travaillons donc surtout sur le neuf, mais je m’intéresse aussi au bâti existant. Je dirais que l’Allemagne est en avance sur la France sur certains points – pas tous – comme la construction bois ou la rénovation. Par exemple, dès que tu rénoves un bâtiment, tu as l’obligation légale de réaliser certaines mesures d’isolation, et ce depuis 1984 [Wärmeschutzverordnung 1982/84] ; en France, cela vient à peine de devenir le cas pour les ravalements de façade [cf. texte de loi], et encore ce n’est pas toujours appliqué.

Mais, ici comme en France, mon constat en matière de rénovation énergétique est le même : nous ne sommes pas assez ambitieux.

TC : Comment se manifeste ce manque d’ambition ?

LH : Ces rénovations se font de manière trop éparse, ponctuelle, anecdotique, non coordonnée. On assiste à des mesures prises une à une sans réflexion d’ensemble, donc sans vrai résultat.

« Seule approche valable : une rénovation énergétique globale du bâtiment« 

Je te caricature le parcours raté du particulier : d’abord je change ma chaudière du fioul vers le bois car j’ai des aides, plus tard je trouve un artisan qui pour 1€ balance de l’isolant dans mes combles non habitables, puis je fais entourer ma maison de polystyrène et je change mes fenêtres quand j’ai le budget, alors je me rends compte que ma chaudière est trop puissante puisque j’ai moins besoin de chauffer, donc qu’elle surconsomme ou s’arrête trop souvent ou s’abîme ou tombe en panne, par ailleurs j’ai des ponts thermiques partout car les travaux n’ont pas été coordonnés. Au final j’ai payé trop cher mes travaux et ma chaudière, sans atteindre de bonne performance.

Seule approche valable pour éviter cela, une vision globale de la rénovation énergétique d’un bâtiment. Donc des travaux réalisés en une fois, par une équipe de professionnels qualifiés, et à l’échelle de la maison individuelle ou de l’immeuble collectif, pas de la pièce ni de l’appartement. C’est plus exigeant, mais c’est ce qui paie. Et quitte à emprunter, idéalement à taux zéro, autant tout inclure en une opération.

Par ailleurs, les travaux doivent être réalisés dans le bon ordre :

1) j’isole mes murs, mes fenêtres, mon plancher bas, mon plafond haut ou mon toit,

2) j’assure l’étanchéité à l’air des fenêtres et des parois – ce qui en réalité découle du premier point lorsqu’il est bien réalisé,

3) j’assure mon renouvellement d’air par une ventilation adaptée. Il existe maintenant des ventilations dites « hygro-controllées » qui se déclenchent dès que l’air intérieur est trop humide (donc plus difficile à chauffer), par exemple après une douche. Mais des ventilations permanentes, double ou simple flux, marchent bien aussi.

4) enfin seulement, je change ma chaudière car sa puissance dépend de mon nouveau besoin de chauffage, et j’adapte mon chauffe-eau.

[Voir aussi cet article instructif de l’entreprise Dorémi]

Manquer d’ambition, c’est aussi ne pas pousser le bâtiment au maximum de sa performance atteignable. Quitte à toucher à un bâtiment, il faut le faire une bonne fois pour toutes ! Par manque de temps, de savoir ou de budget, on se contente de monter le DPE en D, le bâtiment sort ainsi du radar des rénovations énergétiques, il ne progressera plus pendant des décennies, alors qu’on aurait pu atteindre B. Dans notre milieu, on s’intéresse au gisement, c’est-à-dire au potentiel d’amélioration énergétique vu à l’échelle nationale. Un bâtiment non totalement amélioré, c’est une occasion manquée, on dit qu’on a « tué » le gisement.

TC : Dans les bâtiments neufs pour lesquels vous vendez vos études, es-tu satisfaite de la performance atteinte ?

LH : Pas toujours, malheureusement. Pour moi, cela tient surtout à la méthode de comptabilité énergétique. On distingue trois quantités d’énergie. L’énergie primaire est celle extraite des ressources de l’environnement : pétrole, arbres, uranium, etc. L’énergie finale est celle facturée au logement : électricité, gaz, granulés ou bûches, etc., elle est inférieure à l’énergie primaire, à cause des pertes de production et de transport. Enfin, l’énergie utile est celle exactement consommée pour les usages du logement : chaudière, ampoule, frigo, box Internet, etc., elle est inférieure à l’énergie finale, car les appareils n’ont pas un rendement parfait et l’installation a toujours quelques pertes.

TC : Ah, je vois. Pour mon logement actuel par exemple (immeuble en béton mal isolé !), le DPE classé en E indique une énergie finale de 173 kWh/m²/an, mais une énergie primaire de 292 kWh/m²/an, soit des pertes de 40% entre l’énergie extraite de l’environnement et celle qui arrive chez moi. Donc c’est pour ça qu’il vaut mieux regarder l’énergie primaire.

LH : En fait, non. En Allemagne, une ressource renouvelable comme le bois par exemple est considéré comme inépuisable – ce qui est hautement faux si les forêts sont surexploitées. Si ta chaudière tourne au bois, on ne compte en énergie primaire que le carburant ou l’électricité nécessaires pour abattre, transporter et transformer le bois, donc uniquement l’énergie d’extraction, mais on considère que tu n’as pas prélevé d’énergie bois dans l’environnement. Si en revanche elle tourne au fioul ou au gaz, non renouvelables, alors on compte l’énergie d’extraction mais aussi l’énergie du combustible prélevée dans l’environnement. On voit là l’hypocrisie : pour une même quantité de chaleur fournie par ta chaudière, dans un cas on dit que tu prélèves 3 ou 4 fois moins à l’environnement que dans l’autre, c’est absurde.

Voilà pourquoi selon moi, c’est l’énergie finale, donc celle facturée au logement, qui importe pour sa performance énergétique. Et d’après ce critère, bien des bâtiments neufs ont artificiellement une belle étiquette de performance, qui ne correspond pas à la réalité. L’énergie primaire est une mesure importante pour réduire notre dépendance aux énergie fossiles, mais je trouve plus pertinent de l’encadrer à l’échelle sociétale qu’individuelle.

TC : J’en viens au bâti ancien, donc d’avant 1948. Penses-tu qu’il faille réaliser sa rénovation énergétique, et si oui, comment ?

LH : Oui, il faut rénover le bâti ancien, mais l’urgence n’est pas là. Tu as rappelé à juste titre que bien des bâtiments traditionnels ont une performance énergétique acceptable, voire bonne, grâce à leurs modes de construction dictés par des époques où l’on peinait à se chauffer. L’urgence, c’est les F ou G, donc grosso modo les bâtiments des Trente Glorieuses, construits avec insouciance à une époque où l’énergie était abondante et le chauffage pas cher. Commençons en priorité par ces passoires, c’est l’effort le plus valable au niveau national.

Cela tient aux architectures, ainsi qu’aux matériaux. Un paramètre clé en thermique des bâtiments est le fameux lambda, la conductivité thermique d’un matériau. Plus ce lambda est élevé, plus le matériau conduit la chaleur, donc la laisse partir hors du bâtiment. Un bon isolant en revanche a un lambda très faible, genre 0,0 quelque chose. La pierre des épais murs de maisons anciennes a un lambda de 1 environ. La brique pleine, un lambda entre 0,7 et 1, des briques modernes alvéolées ont un lambda encore meilleur, de 0,1 voire inférieur, grâce à l’air emprisonné. Par comparaison, le béton omniprésent dans les immeubles des années 50, 60 et 70 a un lambda de 2,3 environ, et les murs sont souvent plus fins, ils sont donc peu capables de retenir la chaleur. À partir du premier choc pétrolier en 1973, il y a eu des efforts croissants dans la qualité des constructions neuves, avec les premières réglementations thermiques (RT1974, RT1982 etc.).

En utilisant les techniques modernes, sur ces bâtiments qui ont rarement une valeur patrimoniale, on atteint raisonnablement une étiquette B, ce qui est très bien. L’immeuble en béton dans lequel tu habites peut ainsi passer de 300 kWh/m²/an à 100 à 80, soit une consommation divisée au moins par 3 ou 4… et ta facture franchement réduite. Pour le bâti ancien, je pense qu’il faut prendre le temps d’organiser sa rénovation, pour éviter les gâchis patrimoniaux et l’emploi de techniques inadaptées. De plus, je le répète, ce sont loin d’être les pires bâtiments en termes d’énergie consommée.

« L’objectif n’est pas que tous les bâtiments deviennent A, l’objectif c’est que dans l’ensemble ça passe ! »

TC : Soyons optimistes et imaginons donc que ce problème soit attaqué en priorité. Il faudra ensuite s’occuper du bâti ancien. Quelle performance peut-on espérer atteindre, et comment ? Peut-on faire de belles choses sans recouvrir un bâtiment de polystyrène ?

LH : Oui, on peut atteindre du B ! Sur un immeuble haussmannien par exemple, on voudra conserver la façade en pierre de taille et les menuiseries extérieures. Même sans isolation de façade par l’extérieur, il peut suffire d’installer des doubles fenêtres ou survitrages, d’isoler l’intérieur des murs, le plancher du rez-de-chaussée et la toiture ou le plafond haut, et d’installer une chaudière à granulés bois ou une pompe à chaleur, pour atteindre une étiquette B avec moins de 80 kWh/m²/an d’énergie primaire consommée. C’est ce qu’on appelle le niveau « BBC rénovation ». À peine moins performant qu’avec le label BBC neuf (Bâtiment Basse Consommation, RT2012), qui requiert du A soit moins de 50 kWh/m²/an, corrigé par un coefficient de rigueur climatique selon la région.

Avec de la coordination et du savoir-faire, une telle rénovation est faisable et c’est déjà très bien. Pour nos sociétés, l’objectif n’est pas que tous les bâtiments deviennent A, l’objectif c’est que dans l’ensemble ça passe ! Le défi énergétique, dans l’immobilier comme les autres secteurs, doit être appréhendé et quantifié à l’échelle globale.

TC : Quelle importance accordes-tu à la construction écologique et à l’usage d’énergies renouvelables dans le bâtiment ?

LH : Je suis sensible à l’écologie, mais comme je viens de dire, ce sont les chiffres totaux de la consommation énergétique qui comptent. Construire une maison bois écolo de 200 m² pour 3 personnes, c’est beau mais ça passe à côté de l’enjeu crucial : celui de la sobriété.

Pour espérer régler nos problèmes d’énergie, il est primordial que la société adopte la sobriété, avec une demande globalement décroissante, il faut (ré)apprendre à nous contenter de l’essentiel pour vivre, donc de peu. Avant, on ne chauffait pas toutes les pièces l’hiver et on mettait des pulls. Vivre en t-shirt dans une grande maison chauffée partout est un luxe qu’il faut repenser. Au lieu de cela, nous nous concentrons sur l’efficacité, c’est-à-dire satisfaire de manière toujours plus performante une demande globalement croissante, qui n’est pas tenable pour la planète.

Par nature, la sobriété permettra de plus grandes économies que l’efficacité. Un grand logement, même performant, consommera toujours plus qu’un petit logement. En installant des fenêtres performantes je diminue ma consommation de 5 % ; en habitant dans 100 m² au lieu de 200 je la diminue de… 50 % ! Pour une maison trop grande, ou occupée seulement une partie de l’année, que sa chaudière tourne aux granulés (renouvelable) ou au fioul (non renouvelable) est finalement secondaire.

Alors bien sûr, il importe d’utiliser des matériaux naturels et écolos, des sources d’énergie à faibles émissions de CO2, mais il importe plus encore de repenser nos « besoins » à la baisse et d’isoler nos bâtiments. Isolation et ventilation sont les deux premiers postes d’amélioration énergétique.

TC : On a parlé de consommation d’énergie, c’est-à-dire de la facture finale des habitants, mais existe-t-il des moyens d’améliorer le confort thermique, à facture constante ?

LH : Oui tout à fait ! Il faut comprendre que la température ressentie, dite « opérative », est en gros la moyenne entre température de l’air et température des parois. Avec une bonne isolation, murs et sol seront peut-être à 18°C l’hiver, en chauffant l’air à 20°C ta température ressentie sera donc de (18+20)/2 = 19°C, tu te sentiras bien. Si ta pièce est mal isolée, les murs et le sol seront peut-être à 12°C, donc si tu chauffes l’air à 20°C tu ne ressentiras qu’une température de (12+20)/2 = 16°C, tu auras froid. Et il te faudra monter le thermostat à 26°C pour ressentir à nouveau (12+26)/2 = 19°C, là ta facture explose ! Donc isoler les murs est très utile au confort thermique. Quand on recommande de chauffer à 19°C et non 20 ou 21 pour réduire la facture, c’est plus dur à accepter dans un logement classé E, F voire G.

Autre facteur : les matériaux de finition des parois de la pièce. La pierre, comme le béton, est plus froide que le bois par exemple. D’où l’image de la « vieille bâtisse froide bonne à rien » dont tu parlais. Mais un mur en pierre enduit de chaux, ou mieux de chaux-chanvre, fera disparaître cet effet de paroi froide, c’est ce qui se fait souvent en rénovant les maisons anciennes. Dans les châteaux moyenâgeux, on couvrait les murs de tentures et de grandes tapisseries, car les tissus aussi évitent ce ressenti froid. On peut aujourd’hui utiliser ces idées anciennes avec des matériaux et des mises en oeuvre modernes. Tu le vois, des solutions existent depuis longtemps.

Rénovation et sobriété, plutôt que construction performante

TC : On comprend en t’écoutant qu’une bonne rénovation énergétique est possible, dans du moderne comme dans du plus traditionnel. Mais ne vaut-il pas mieux se concentrer sur la construction de bâtiments neufs, où la performance est plus facile à atteindre ?

LH : Je te dis non, sans hésiter. Pour moi priorité à la rénovation – même si ce n’est pas mon métier actuel ! Il y a tant de bonnes raisons de ne pas construire.

En premier lieu, trop de logements vacants, et pas que des résidences secondaires. 1 million, 3 millions, en France les chiffres varient. Or, l’ADEME a estimé que la construction consomme 40 à 80 fois plus de ressources que la rénovation (cf. ce rapport de décembre 2019). Faisons en sorte de réoccuper ces logements, quitte à procéder à une bonne rénovation, énergétique mais pas que. Cela peut annuler le besoin de construction pour de nombreuses années. C’est d’ailleurs un enjeu souligné dans le PTEF, le Plan de Transformation de l’Economie Française, porté par le Shift Project.

Certes on n’atteindra jamais, en rénovant du bâti existant, la performance d’une isolation moderne sur un bâtiment neuf bien construit, mais ce n’est pas le seul enjeu à prendre en compte. Construire un bâtiment, c’est souvent occuper un terrain qui servait à autre chose : terre agricole (comme sur le malheureux plateau de Saclay), terrain vague propice à la biodiversité en ville, espace public de déambulation, etc. Attention à l’artificialisation des sols, occupons-nous d’abord des bâtiments qui sont là.

De manière plus globale, il y a de grands bénéfices sociaux à développer une filière rénovation énergétique digne de ce nom : cela améliore la balance commerciale, réduit la dépendance aux énergies fossiles, combat la précarité énergétique, règle des problèmes sociaux, crée de l’emploi non délocalisable… Enfin, vu l’ampleur de la tâche, les gens formés sont certains d’avoir du travail pendant toute une génération.

D’où ma position : rénovation, pas construction ! Et j’encourage tes lectrices et lecteurs à s’y lancer, c’est une belle expérience qui nous apprend beaucoup.

TC : Merci Léonie, bon courage pour tes nouveaux projets en France !

LH : Avec plaisir, et merci de parler de ce sujet hautement important. « 

Pour finir, quelques sources utiles :

– les précieuses fiches ATHEBA (Amélioration Thermique du Bâti Ancien), expliquant les spécificités des matériaux et modes constructifs des vieilles demeures, leurs qualités à préserver. Elles sont assorties de belles illustrations aquarellées.

– l’association Maisons Paysannes de France, acteur majeur des fiches ATHEBA. J’adhère à cette association depuis 2014, elle regroupe passionnés et professionnels, qui sauront vous conseiller pour restaurer des maisons anciennes. Ils connaissent les matériaux, les techniques, les artisans, ils éditent des livres ainsi qu’une revue trimestrielle, ils organisent des sorties et des ateliers pratiques. Chaque département français a son ou sa délégué(e) ainsi qu’une équipe dédiée, voir ici pour plus d’infos.

– l’entreprise Dorémi, citée plus haut

France Rénov’, service public mettant à votre disposition des conseillers ainsi que de la documentation


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