Renverser les contraintes politiques pour protéger l’environnement

On le voit dans la crise sanitaire actuelle : quand les gouvernements le décident, la croissance passe au second plan. La préservation de la santé devient la contrainte première, et l’économie mondiale s’adapte. Après l’épidémie, faisons donc de même à propos de la planète ! Choisissons que l’économie s’adapte enfin à la protection de l’environnement, renversant ainsi les contraintes des décennies passées.

Lecture 15 minutes

En matière de protection de l’environnement, les scientifiques, les écologistes, les observateurs de terrain nous livrent un constat clair : nous n’en faisons pas assez.

Prenons deux exemples pour illustrer les dégâts que notre espèce cause à l’environnement :

Rappelez-vous ces images de juillet 2018, les plages paradisiaques de République Dominicaine recouvertes de déchets plastiques, à la suite de fortes pluies ayant lessivé les rivières de l’île. Un tel phénomène est malheureusement courant, et la pollution des océans par les plastiques, dénoncée dès 1997 par le navigateur américain Charles Moore, continue de s’aggraver. Selon une étude de la Fondation Ellen Mac Arthur, 8 millions de tonnes de plastiques finissent chaque année dans les océans (p. 7), soit un camion benne dans la mer à chaque minute quelque part dans le monde. La fondation estime qu’à ce rythme, il y aura en 2050 plus de matière plastique dans les océans que de poissons (note 25).

Ces déchets d’origine humaine, qui tueraient plus d’un million d’animaux par an, sont si nombreux qu’on parle maintenant d’un 7ème continent. Prenez quelques minutes pour regarder les images quand vous tapez « continent plastique » dans un moteur de recherche Internet. Vous verrez, nous devons avoir honte collectivement. Pourtant, comme dans chaque défi environnemental, les individus engagés et les projets innovants ne manquent pas, comme ces barrières flottantes ou ce quadrimaran-éboueur, mais ces initiatives restent – c’est le cas de le dire – des gouttes d’eau dans l’océan. Dépolluer les mers du globe n’est qu’un palliatif, et nous ne pourrons jamais récupérer les micro-plastiques qui s’y sont déjà déposés. Ce qu’il faut par-dessus tout, c’est réduire et repenser la production mondiale de plastiques.

Moins frappant pour l’œil, mais tout aussi dramatique : l’effondrement du nombre d’oiseaux et d’insectes dans la nature. Ces dernières années, plusieurs grandes études scientifiques, employant des comptages sur le terrain, venaient étayer ce constat alarmant déjà fait par les amoureux de la nature. En France, ce sont environ 1/3 des oiseaux des champs qui ont disparu en 15 ans chez les espèces dites spécialistes comme l’alouette ou la fauvette, et la tendance s’accélère. Même constat sur toute l’Amérique du Nord, avec une estimation à -30 % depuis 1970 pour la population globale, soit 3 milliards d’oiseaux de disparus. Si après quelques heures de trajet en voiture, notre pare-brise était encore couverts d’insectes écrasés il y a trente ans, ce n’est plus vrai aujourd’hui : -75 % d’insectes volants en 27 ans, selon une étude allemande pourtant réalisée dans des aires naturelles protégées. L’extension des terres agricoles, la déforestation, l’utilisation des pesticides, la compétition d’espèces exotiques introduites par l’homme, sont mis en cause par les experts, dont certains appellent à « changer de paradigme » agricole. Si les insectes disparaissent, beaucoup d’oiseaux ne pourront plus se nourrir, ni remplir leur rôle écologique, et ce sont les écosystèmes qui s’effondreront avec eux.

Pour protéger l’environnement et changer les mœurs, ce ne sont pas les volontés individuelles qui manquent. On le constate sur les réseaux sociaux : une foule de personnes sur Terre rivalisent d’énergie et de créativité, les bénévoles répondent présent à des défis citoyens comme le fameux Trashtag, certains gestes du quotidien évoluent…

Mais cela reste insuffisant. Il manque une initiative globale de grande ampleur, décidée ET mise en œuvre par les États. Au-delà des mœurs individuelles, ce sont les collectivités, les entreprises de toutes tailles, les institutions internationales qu’il faut changer, et donc, l’organisation économique mondiale.

Notre inaction est désespérante…

Pourquoi l’humanité laisse-t-elle courir tant de désastres environnementaux ?

Il peut exister des difficultés de coopération internationale, comme à propos de la déforestation en Amazonie. Il était déjà difficile pour les États-Unis ou l’Union Européenne – par ailleurs grands importateurs de bois exotique, et pas toujours légalement – de sommer à distance les pays amazoniens de ne pas couper leurs arbres. La chose est rendue plus ardue encore au Brésil depuis 2019, avec l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, chef politique autoritaire favorable à l’extension des terres agricoles et hostile au droit des habitants indigènes. Le patrimoine naturel mondial que représente la forêt amazonienne, « poumon vert » et réservoir de biodiversité, est plus que jamais menacé, et des menaces semblables pèsent sur les forêts d’Indonésie, du Nigéria, du Zimbabwe…

On peut évoquer aussi des conflits d’intérêts, notamment dans l’exploitation de ressources naturelles, source de revenus et donc d’emplois. Difficile pour le Canada, un des plus grands producteurs d’hydrocarbures, de respecter des objectifs de réduction d’émissions de CO2 ayant pour effet de restreindre son économie… Le pays avait ainsi décidé en 2011 son retrait du protocole de Kyoto, avec effet fin 2012. De telles décisions sont inquiétantes pour l’environnement car la richesse pétrolière des sols canadiens tient surtout aux sables bitumineux, ressource fossile dont l’extraction est coûteuse et fortement polluante.

Exploitation de sables bitumineux en Alberta, au Canada.
De grandes surfaces de terres et grandes quantités d’eau sont polluées par le procédé d’extraction.

Un manque de visibilité favorise sans doute certains désastres, comme la disparition en masse des abeilles. Le phénomène pourrait paraître anodin, l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA) a pourtant estimé qu’il entraînera plus de 150 milliards d’euros de pertes. Pourquoi ? Les abeilles, sympatiques habitants de nos champs et jardins, sont bien plus qu’ « une espèce d’insectes parmi tant d’autres ». Une grande majorité (80%) des plantes à fleur ont besoin d’elles pour être pollinisées, donc pour se reproduire. Sans abeilles, c’est un tiers de l’alimentation mondiale qui s’effondrerait, finies les tomates, courgettes, fraises, poires… Qu’on s’imagine des champs de pommiers où on irait polliniser les fleurs une par une à la main, comme pour la laborieuse culture de la vanille ! Parmi les facteurs dénoncés par les scientifiques : les pesticides utilisés dans les champs.

Quelles que soient les raisons – ou les excuses – de ces désastres, force est de constater que notre espèce reste globalement dans l’inaction. En dépit d’une large prise de conscience citoyenne et de belles initiatives locales, l’humanité dans son ensemble n’a pas encore lancé les actions de grande ampleur nécessaires à la sauvegarde de l’environnement.

Plus généralement, les États semblent ne réagir qu’aux dangers imminents. Pire, il faut attendre que la catastrophe frappe pour que les pratiques néfastes soient supprimées et encadrées. Ce fut le cas avec le smog de Londres en 1952 ou le naufrage du pétrolier Erika en 1999. On l’a encore vu dans l’actuelle crise de la Covid-19, où pourtant le danger était bel et bien imminent : le monde regardait la Chine sans réagir, puis la France regardait l’Italie, puis le Royaume-Uni ses voisins européens, puis les États-Unis l’Europe…

Serons-nous donc tous victimes du réchauffement climatique, danger global et implacable, mais pas assez imminent pour provoquer des réactions ?

… mais la situation n’est pas désespérée !

Pour autant, nous pouvons encore agir. Nous pouvons encore modifier notre activité mondiale pour réduire fortement notre impact néfaste sur la planète.

La preuve la plus flagrante, nous l’avons actuellement sous les yeux par suite du confinement lié au coronavirus. Avec le ralentissement massif décrété pour le transport, l’industrie et la consommation interne, on assiste à une chute drastique des principaux polluants de l’air (O3, NO2, SO2, CO, COV, HAP, particules fines, etc.). Les images satellites le confirment pour la Chine, l’Italie, la France, l’Espagne, et c’est sans doute le cas dans la plupart des grandes villes et régions industrielles du monde. Doit-on rappeler que la pollution de l’air, qui causerait 1 décès sur 1 000 en France est tenue par l’OMS pour responsable de 7 à 8 millions de morts par an dans le monde, soit plus que le sida, la tuberculose, le diabète et les accidents de la route réunis ? Certains, comme François Gemenne, spécialiste de géopolitique et membre du GIEC, n’hésitent pas à commenter que « en Chine, la baisse de la pollution va épargner plus de vies humaines que le virus en aura coûté ».

Bien sûr, le confinement actuel n’est pas une situation tenable ni souhaitable. Bien sûr, ce gain palpable pour l’environnement s’accompagne de lourdes pertes économiques et de souffrances sociales. Mais en tout cas, le confinement reste un choix décrété par les États : l’humanité a bel et bien choisi de ralentir son activité économique. Il y a actuellement des dégâts car la réduction de nos activités a été trop brutale, nous n’étions pas prêts. Or, en prenant assez de temps pour adapter l’économie, pour réorganiser la société, nous pourrions de même choisir de diminuer fortement et durablement notre impact environnemental, plutôt que d’attendre que la planète devienne invivable dans 100 ou 50 ans. Jusqu’à maintenant, nous ne le voulions pas, mais le coronavirus révèle sans contestation possible que nous le pouvons.

Il n’y a pas qu’en temps de crise que les États savent adopter des mesures radicales. Depuis les années 70, la Chine aurait planté avec sa grande muraille verte le nombre impressionnant de 66 milliards d’arbres, et aurait même récemment employé des militaires dans cette mission. À l’objectif initial de contrer la progression du désert de Gobi, s’est ajouté celui de lutter contre la pollution de l’air, qui touche notamment Pékin. Selon un rapport de la FAO (p. 17), les surfaces boisées chinoises auraient gagné plus de 1 500 milliers d’hectares entre 2010 et 2015 (ramené à la surface du pays, l’accroissement est cependant comparable à celui constaté en France ou au Gabon). L’Inde aussi s’inquiète de sa déforestation et organise des plantations de grande ampleur. Attention aux idées trop simples : le reboisement n’est pas une solution miracle et facile, celui de la Chine fait l’objet de bien des critiques écologiques. Par ailleurs, on peut douter de l’exactitude des chiffres vantés par ces deux pays, connus pour leur manque de transparence. Néanmoins, on voit qu’un État résolu peut engager des actions fortes en faveur de l’environnement. Touchée l’an dernier par des pluies et des incendies d’une ampleur record, fortement suspectés d’être liés au réchauffement climatique, l’Australie se penche sérieusement sur le reboisement.

Des résultats encourageants, mais très insuffisants

En matière d’écologie, le tableau est loin d’être si noir qu’il pourrait y paraître. Des progrès ont été accomplis ces dernières décennies concernant la protection de l’environnement, qui montrent que le message écologique a commencé à porter ses fruits. Voici quelques exemples concrets.

En circulant sur une autoroute, vous avez peut-être déjà remarqué ces ponts végétalisés et parfois décorés de silhouettes de sangliers, chevreuils ou blaireaux. Ils sont bel et bien destinés aux animaux ! Pourquoi ? Quand une autoroute est construite, c’est soudain une barrière large de dizaines de mètres, et longue de 10 ou 100 kilomètres, qui vient couper l’espace naturel et freiner voir empêcher la circulation des espèces, rendant difficiles l’alimentation, la reproduction, en un mot la survie. Des « passages à faune » nommés écoponts (par-dessus) et écoducs (par-dessous) sont donc construits, qui viennent limiter cette fragmentation des populations et territoires naturels (voir ce dossier détaillé et bien illustré). Au-delà du gibier usuel, ce sont aussi les rongeurs, insectes, crapauds, écrevisses, poissons, etc. qui regagnent un peu de leur liberté ôtée. Il ne s’agit pas là de petites mesures, quand on sait que le moindre pont ou tunnel se chiffre facilement en millions d’euros. Le concessionnaire d’autoroutes Vinci revendique même 750 millions d’euros dépensés à ce titre pour 2010-2013. Ainsi, quand l’homme le choisit, ce sont ses infrastructures qui s’adaptent à la nature.

Un exemple de mesure écologique réussie : un passage à faune sur une autoroute.
Les chemins empruntés par les animaux sont bien visibles ici.

Bien que les acteurs privés s’en vantent dans leur comm’, on se doute que de telles mesures n’auraient pas vu le jour sans être imposées par la réglementation. Un projet d’autoroute est de nos jours soumis à une étude d’impact, menée par des bureaux spécialisés en protection environnementale. Ceux-ci évaluent les effets néfastes du projet initial d’autoroute et définissent des mesures de compensation – par exemple un couloir à chauves-souris – aux frais du constructeur. Ces études d’impact existent pour les constructions industrielles. Je sais, pour en avoir été témoin lors d’un stage en entreprise, que la présence d’un couple d’oiseaux, de crapauds ou même d’une espèce de fleur classés comme espèce protégée sur le site à construire peut suffire à faire modifier l’emplacement d’un bâtiment d’usine ! ou du moins à créer des aménagements spécifiques. Sont pris en compte également la pollution de l’air, les nuisances sonores, l’augmentation du trafic routier, etc. De telles mesures étaient sans doute impensables lors des Trente Glorieuses, et le sont encore dans bien des pays. Elles constituent un progrès réel et concret, bien qu’il faille garder du discernement dans leur application. Toutefois pour les autoroutes, dont l’emprise foncière est grande, on peut regretter que les passages à faune soient surtout construits pour celles récentes, rarement ajoutés sur les anciennes.

« Quelques minutes dans nos mains, des centaines d’années dans la nature » : tel était en résumé le parcours des sacs plastiques de supermarchés, officiellement interdits en France depuis 2016. Cinq milliards de sacs de caisses par an sont ainsi évités, remplacés par des sacs payants en tissus, papier, ou plastique épais (>50 microns) réutilisables. Plastiques bio-sourcés et biodégradables ont fait leur apparition pour les sacs de fruits et légumes, qui sont l’objet de nouveaux marchés industriels. Le gouvernement communique pour encourager les bonnes pratiques. Depuis février 2020, ce sont désormais les gobelets, verres, assiettes et coton-tiges en plastique qui sont interdits en France, et d’autres objets sont à venir. Ces mesures concrètes et quotidiennes vont dans le bon sens et s’amplifient, bien que l’interdiction totale des plastiques à usage unique ne soit prévue que pour 2040.

Notre consommation quotidienne change pour atténuer, on l’espère, la situation catastrophique des plastiques dans les océans, que j’évoquais en début d’article. Mais de telles mesures n’auront de réel effet que si elles sont adoptées à l’échelle mondiale. Si l’Amérique du Nord et l’Asie semblent plus lentes à l’allumage, l’Afrique fait figure de bon élève, avec 25 de ses 54 pays ayant décidé l’interdiction des sacs plastiques, et plus de la moitié d’entre eux ayant mis la mesure en œuvre entre 2014 et 2017, selon un récent rapport de l’ONU (p. 24). Ce qui est certain, ce rapport le rappelle, c’est qu’au-delà de collecter et recycler, la mesure la plus efficace pour protéger l’environnement contre les plastiques est de réduire leur production et leur usage (p. 13).

Les États, mettant l’écologie en sourdine,
sont comme des marins à bord d’un bateau en feu,
s’écartant des flammes et maintenant le cap

Néanmoins, sur de nombreux plans, les progrès sont inexistants voire négatifs.

En plus des exemples déjà cités sur la déforestation, la disparition des abeilles et des oiseaux, pensons au dangereux glyphosate, herbicide objet de nombreuses protestations citoyennes et actions en justice, mais finalement autorisé en 2017 par l’Union Européenne pour 5 ans de plus dans l’agriculture.

Pensons aux perturbateurs endocriniens, dont la présence est fortement suspectée dans nos lacs et rivières, et qui occasionnent « baisse de la qualité du sperme, augmentation de la fréquence d’anomalies du développement des organes ou de la fonction de reproduction, abaissement de l’âge de la puberté » selon un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sociales.

Pensons au soutien aux énergies fossiles, sous forme de subventions d’État, d’investissements de l’Agence Française de Développement (p. 21), et de financements du Crédit Agricole à des projets d’exploitation de sables bitumineux au Canada.

Pensons à l’explosion du trafic aérien, qui représente actuellement 2,5 % des émissions mondiales de CO2 et devrait doubler dans les 20 ans à venir, notamment sous l’influence des compagnies dites « à bas coûts » qui représentent maintenant 25 % du trafic total.

Pensons aux réductions d’émissions globales de CO2, qui ne sont pas à la hauteur des engagements. En France, bâtiment et transport dépassent de plus de 12 % leur objectif. Quoi de plus parlant, pour résumer notre attitude à l’échelle mondiale, que ce cinglant graphique (bas de page) de Jean-Marc Jancovici, traçant la concentration atmosphérique de CO2 en fonction des conférences successives de la Convention Climat : croissance constante…

Les efforts déployés par l’humanité sont donc insuffisants.

Il faut changer de manière de faire de la politique

Depuis l’adolescence, je n’ai jamais compris qu’il existe des partis politiques écologistes. Que les électeurs puissent se demander « voulons-nous voter pour quelqu’un qui protègera l’environnement, ou pour quelqu’un qui s’en moquera ? ». Comment la protection de l’environnement peut-elle n’être qu’une option politique, alors que nous n’avons qu’une seule planète sur laquelle vivre ?

Les États, mettant l’écologie en sourdine, sont comme des marins à bord d’un bateau en feu, s’écartant des flammes et maintenant le cap, sans se soucier de l’incendie. Or, l’incendie finira par détruire le bateau, la dégradation de la planète rattrapera tous les États.

Tout le monde est concerné par les dégâts causés à la biosphère, et aucun parti politique ne sera à l’abri. Nous serons tous bientôt déstabilisés par le manque de ressources et l’appauvrissement de la biodiversité – selon certains scientifiques ce dernier facteur favoriserait d’ailleurs l’émergence d’épidémies comme celle de la Covid-19. Si nous restons inactifs comme nous le sommes, nous devrons dans quelques décennies réagir dans l’urgence absolue, dans la précipitation, exactement comme nous le faisons face au coronavirus. Il ne peut pas y avoir un seul ou quelques partis qui se réclament écologistes. Tous les partis politiques devraient l’être.

Doit-on inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution des États ? La question est légitime. En France, la mesure a même été proposée en juin 2018 par Nicolas Hulot, alors Ministre d’État. Du point de vue juridique, cela semble ne pas avoir de réel intérêt, puisque l’écologie est inscrite depuis 2005 dans la Charte de l’Environnement, qui a même rang que la Déclaration des Droits de l’Homme. Reste que cela constituerait un symbole fort. Plusieurs ONG ont soutenu cette mesure, mais à ma connaissance elle n’a pas été adoptée.

Mais probablement qu’amender la Constitution ne changerait rien. Ce sont les actions concrètes qui importent, pas les belles déclarations. Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, le fameux GIEC et ses rapports dont nous entendons beaucoup parler ces dernières années, existe depuis plus de 30 ans déjà, et nous ne sommes toujours pas sur la bonne voie pour limiter le réchauffement climatique. En 2007 en France, le très attendu Alain Juppé était nommé à un poste important créé pour lui, Ministre d’État pour l’Écologie, mais contraint d’en démissionner un mois plus tard. En 2015, la pompeuse COP 21 de Paris débouchait finalement sur une absence d’actions concrètes…

Autant de beaux symboles non suivis de faits palpables. Les mesures politiques se succèdent, l’environnement continue de se dégrader.

Nous continuons de faire de la politique
comme avant Christophe Colomb

À vrai dire, nous continuons de faire de la politique comme en 1950, on pourrait même dire, comme avant Christophe Colomb. Comme à l’époque où l’humanité n’avait pas encore touché du doigt la finitude de la Terre et de ses ressources. La préoccupation première de chaque État est restée la même : exploiter les ressources pour élever son niveau de vie, tout en faisant la guéguerre à ses voisins pour essayer de les dominer.

Or, il n’y a plus de nouveaux territoires où s’enfuir quand les nôtres sont épuisés ou dévastés. Quoiqu’en dise Elon Musk, il serait irresponsable de croire que notre salut réside dans une autre planète. Maintenant, il s’agit d’assumer, de gérer ce que nous avons, et donc de modérer notre développement, d’assagir nos prétentions sur la Nature.

Nous nous obstinons avec les mêmes règles du jeu, mais le terrain de jeu, lui, n’est plus le même. Ce n’est pas un changement de constitution qu’il faut, c’est un changement d’intentions.

Priorité à la Planète, et l’Économie s’adapte

« L’intendance suivra », aurait dit le général de Gaulle en 1958, exprimant son opinion selon laquelle l’Économie devait être subordonnée au Politique.

Ces dernières décennies, le slogan mondial a clairement été « La Planète suivra ».

Il semble que les gouvernements se contentent de naviguer dans le courant de l’économie, et peinent à faire valoir leur autorité devant des multinationales au pouvoir toujours croissant. Le pays d’Angela Merkel porte haut les couleurs des énergies renouvelables, mais ses capitaines d’industrie la rappellent à l’ordre quant aux restrictions des émissions de CO2. Les activités humaines s’intensifient, polluent, consomment les énergies fossiles, les ressources minières et biologiques, et la Planète, trop absente des préoccupations politiques, fait comme elle peut.

Elle encaisse les coups et les coûts, elle se dégrade , elle « suit ».

Sauf que. On le sait aujourd’hui pertinemment, des dizaines de milliers de personnes dont de nombreux scientifiques le proclament haut et clair : la Planète ne pourra plus suivre bien longtemps. Eau, sable et métaux rares montrent des signes d’épuisement, tandis que le captage de CO2 par les forêts tropicales s’essouffle

(voir mon article : « Quand le sable vient à manquer »)

Avec le blocage économique que nous connaissons actuellement, sans précédent par son ampleur et sa cause, nous redécouvrons de manière inattendue que l’humanité peut prendre soin de la planète. Même si le répit temporaire dont profite l’environnement n’a fait l’objet d’aucune volonté politique, sa réalité est indéniable, et nous prouve de quelle ampleur d’actions concrètes et positives nous sommes capables. Nous redécouvrons aussi que les gouvernements ont le pouvoir de prendre des décisions sans compromis pour le bien commun. Qu’ils se réapproprient ce pouvoir pour avancer dans la bonne direction, pour s’attaquer aux vraies missions de notre époque. Qu’ils cessent de raisonner comme avant Christophe Colomb.

Sans minimiser le drame sanitaire actuel, prenons donc cet « heureux » accident pour l’environnement comme un rappel à l’ordre autant qu’une leçon qui nous inspire, et agissons pour de vrai en faveur de la planète, en cessant les annonces de façade et les rapport d’experts qui finissent à la poubelle.

La croissance de l’économie reposant sur les énergies fossiles doit cesser d’être la contrainte à laquelle la planète s’adapte. « La santé n’a pas de prix », disait le président Macron le 12 mars dernier. Oui, mais dira-t-il enfin la même chose, et avec autant de force, à propos de l’environnement ?

Le bateau est en feu, cessons de maintenir le cap car sinon nous coulerons tous. Notre priorité doit être d’éteindre l’incendie.

Renversons les contraintes politiques. Décrétons, à contre-pied des précédentes décennies, la protection de l’environnement comme priorité de tous les États, au même titre que leur priorité temporaire est actuellement la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Faisons de la préservation de la planète la contrainte première, et que « l’économie suive ». Oui, le changement actuel de priorité des États déstabilise les populations, car il est trop brutal. Oui, le progrès social repose sur une bonne santé de l’économie, et donc au final sur les énergies fossiles, sur le progrès technique, sur le développement d’Internet. Mais il nous appartient de changer, d’adapter tout cela, et prenant le temps nécessaire pour une transition organisée vers des économies durables, qui se mouvront dans un cadre de pensée où la préservation de l’environnement sera une donnée, et non plus une option.

4 réflexions sur « Renverser les contraintes politiques pour protéger l’environnement »

  1. […] Avec une demande mondiale en croissance de plus de 5% par an (voir rapport ONU), les acheteurs ne sont malheureusement pas près de se calmer. Or, une fois le sable livré au client, bien malin qui peut identifier sa réelle provenance. Un acheteur peut donc, sciemment ou non, cautionner et encourager le trafic de sable, à l’instar des importations illégales de bois exotiques amazoniens que je mentionnais dans ce précédent article. […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s